Corpus of articles from the French newspaper 'Le Monde' from the years 92/93. MLCC machine readable version 1995 This TEI conformant electronic version edited by the MLCC project, 3 August 1995. This file (ignoring this header) is 1075130 bytes long, its text includes 155017 words.

This electronic version was produced by the Multilingual Corpora for Cooperation (MLCC) project funded by the European Union. It has been converted to use the iso-latin-1 character set (where possible) and to be TEI(P3) conformant SGML.

This file is available for non-commercial purposes only on signature of the MLCC user agreement form.

The original electronic version of this file was produced by the 'Le Monde' newspaper.

This version produced by the Language Technology Group, Human Communication Research Centre, University of Edinburgh for the MLCC and MULTEXT projects of the European Community.

For a description of the SGML tags used in this corpus and the methods used to convert it to TEI SGML, see the associated file editdecl.txt.

French 3 August 1995 Masja Kempen David Mckelvie processing of original corpus files into tei conformance.
931005 DOC=BCL FAB=40DE5100 REF=2-035-01 SEC=MDE TAI=265 ECO CROISSANCE ECONOMIQUE BALANCE COMMERCIALE GRECE POLITIQUE ECONOMIQUE BILAN CHIFFRE

Le plan du gouvernement conservateur, difficilement mis en oeuvre, est loin d'avoir atteint tous ses objectifs et d'avoir modifié le fonctionnement de l'économie hellénique

Doc: avec un dessin de Vasquez de Sola

KUNZ DIDIER Perspectives A la veille des élections Grèce : l'assainissement inachevé

ATHÈNES de notre correspondant ARRIVÉS au pouvoir en avril 1990 après une longue crise politique, les conservateurs se sont attachés à assainir la situation économique. Leurs efforts ont assurément porté quelques fruits, mais l'oeuvre engagée est loin d'être achevée. Contraint de convoquer des élections anticipées pour le 10 octobre, le premier ministre Constantin Mitsotakis regrette : " L'heure était venue de recueillir les fruits des sacrifices. " Son parti risquant fort de payer les trois ans d'austérité imposés aux Grecs, pendant la campagne électorale, Constantin Mitsotakis a annoncé " la fin de l'austérité ", et promis des augmentations de salaires supérieures à l'inflation dans le secteur public, à partir de 1994. Il estime avoir mis sur pied " une Grèce qui travaille et qui produit ", à la place d'une Grèce qui " consommait et empruntait " quand les socialistes étaient au pouvoir (1981-1989). Dès le début de la législature, le gouvernement avait lancé un plan d'assainissement, avec l'aide d'un prêt communautaire de 2,2 milliards d'écus, dont seule une première tranche de 1 milliard a été utilisée en février 1991. Le plan a permis de ramener l'inflation annuelle _ qui reste quand même la plus forte de la CEE _ de 21,8 % en 1990 à environ 12 % (en glissement) en cette fin d'année, et probablement moins de 10 % à la fin du premier trimestre 1994. La suppression de la sacro-sainte échelle mobile des salaires y a notamment contribué. Des progrès notables ont aussi été enregistrés en matière de finances publiques : le besoin de financement du secteur public a été réduit de moitié, de 21 % à 10,9 % du PIB. La dette extérieure, gonflée au cours des années 80, lorsque les socialistes du PASOK étaient au pouvoir, est redescendue de 29,5 % du PIB en 1989 à 13,5 % à la fin 1992. Pour la première fois, à cette date, le budget a enregistré un excédent " primaire ", hors paiement des intérêts de la dette, mais celle-ci atteint encore 116 % du PIB, et son service (intérêts et principal) absorbe 70 % des recettes fiscales de l'Etat. RÉSERVES Le déficit commercial a aussi été réduit : de 3,5 milliards de dollars en 1990 (5,4 % du produit intérieur brut) à environ 1,5 milliard en 1993 (soit 2 % du PIB), grâce notamment à de généreux transferts communautaires. Les réserves de changes atteignaient à la fin d'août dernier le montant record de 8,4 milliards de dollars. Le gouvernement s'est par ailleurs engagé dans des réformes structurelles importantes, destinées à assurer une modernisation de l'économie et à donner plus de liberté de jeu aux entreprises. Après la suppression de l'échelle mobile des salaires, le gouvernement a encouragé le travail partiel dans l'industrie pour relancer la productivité. Il a réformé en profondeur le système de retraites et les caisses d'assurances sociales, dont le déficit atteignait le chiffre vertigineux de 9,3 % du PIB. Il a enfin libéralisé le marché des capitaux. En revanche, sur le plan de la " désétatisation ", qui était un cheval de bataille des conservateurs, les résultats sont plus que modestes. Le secteur public, qui avait gonflé à partir de 1974, au point de contrôler plus de la moitié de la production, a certes diminué. Soixante-six entreprises en situation problématique ont été vendues. Mais le poids du secteur, ses rigidités et ses effectifs pléthoriques constituent le principal frein au développement. Parmi les grandes entreprises, seules ont été vendues, en 1992, la cimenterie Aget-Heraklis ainsi que la compagnie des transports urbains d'Athènes (EAS) durant l'été 1992, que les socialistes se sont engagés à renationaliser. Cette année, le gouvernement attend 330 milliards de drachmes de la privatisation partielle des télécommunications (OTE) et de la vente de deux raffineries. Si les privatisations n'ont pas avancé au rythme prévu, le point le plus noir pour les finances publiques et pour l'économie en général réside dans l'étendue de la fraude fiscale (on évalue l'économie souterraine à quelque 40 % du PNB). De même l'allègement des effectifs du secteur public a été faible. Le gouvernement n'a pas tenu son objectif affirmé de ne remplacer qu'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, parvenant seulement à ramener la fonction publique de 473 000 personnes en 1990 à 439 000 en 1993, soit une baisse de 8 %. L'embauche publique reste soumise au clientélisme politique, profondément ancré dans les moeurs et qui apparaît très difficile à changer. L'opposition a dénoncé le recours à des milliers d'embauches juste avant les élections. Malgré tout, le chômage a augmenté, passant de 7,7 % en 1991 à 9,5 % en 1993. EXCEPTION La mise en place du plan n'a pas été facile, en raison des résistances politiques et sociales (de nombreuses et longues grèves ont émaillé les deux premières années du gouvernement conservateur). En 1992, les autorités communautaires portaient même un jugement sévère sur ses résultats. En visite en Grèce en mai 1992, Jacques Delors devait souligner " l'exception de l'économie grecque qui n'a pas participé au mouvement général ni pour la convergence économique ni pour le rattrapage structurel ". " La voix des Grecs ne doit pas seulement se faire entendre pour réclamer leur dû mais aussi pour qu'ils contribuent à l'Union européenne ", ajoutait-il, en proposant aux Grecs " un contrat moral " avec la Communauté. En fait, un tournant a été marqué avec l'arrivée de Stéphanos Manos au ministère de l'économie, en février 1992, puis des finances en août. Le traité de Maastricht " exige un changement de cap et de mentalité, a-t-il immédiatement souligné. Nous devons tous faire preuve de sang-froid et de courage pour affronter avec succès ce que onze années de gaspillage ont créé ". Il met au point un programme de convergence avec les économies communautaires et promet " cinq années de durs efforts " pour avoir une chance d'adhérer en 1997 à la troisième phase de l'UEM. Cet ambitieux programme prévoyait d'atteindre une croissance de 2,5 % ou 3,5 % par an, de ramener l'inflation à 5 % en 1996 et la dette publique à 86 % du PIB en 1998. Une tâche extrêmement difficile. La Grèce devrait réduire ses dépenses jusqu'à fin 1996 de 8 700 milliards de drachmes (217 milliards de francs). Pendant cinq ans, 41 % à 46 % des recettes fiscales seraient affectés au service de la dette. Le nombre de fonctionnaires devrait être réduit de 20 000 sur 1993 et 1994 et les retraites gelées de 1993 à 1996. L'austérité n'était donc pas finie. Cependant Stephanos Manos assure, lui aussi, qu'aujourd'hui " on va mieux, l'économie grecque est prête à décoller ", et redoute " la possibilité de retourner dans une situation où tout serait à nouveau réexaminé, créant un retard infini ". AUDACE Les milieux économiques, tout en reconnaissant souvent le bien-fondé des réformes, jugent cependant que celles-ci ont été mal préparées et mal encadrées. L'Union des industriels grecs (SEV), par exemple, constate que le gouvernement n'a pas réussi à limiter les dépenses du secteur public, et souhaite davantage " d'audace " pour restreindre l'Etat et " des mesures immédiates pour le développement ". " On reste devant un Etat énorme gouverné par le parti, les entreprises publiques fonctionnent comme avant sans signe de changement, estime pour sa part le rédacteur en chef d'une importante revue économique d'opposition. Le gouvernement n'a pas donné d'air nouveau, pas de vision, les salariés touchés par la perte continue du pouvoir d'achat se sont lassés. " Certains observateurs extérieurs, aussi, sont réservés. Pour un expert occidental, le gouvernement grec doit absolument s'attacher à construire " un Etat capable de gérer sa société " et " respecter la discipline de vie commune ". " L'économie grecque semble être en train de surmonter les déséquilibres structurels et macro-économiques dont elle a souffert dans les années 80 et qui ont entraîné une quasi-stagnation de la production et des pertes importantes de parts de marché d'exportation ", note l'OCDE dans l'étude qu'elle vient de publier sur l'économie grecque. Mais, ajoutent les auteurs, " la situation est encore difficile et le pays est encore loin de se conformer aux critères de Maastricht ". Le fameux défi d'intégration à la Communauté européenne, seul réel espoir de modernisation et de développement, reste donc à l'ordre du jour pour les Grecs dans un environnement balkanique instable et peu rassurant.

931005 DOC=BCL FAB=40DE5300 NUM=931005-2-029-33 REF=2-029-33 SEC=MDE TAI=347 ECO CUBA POLITIQUE ECONOMIQUE REFORME SYNTHESE SOCIALISME PERSPECTIVES

Privée de l'aide soviétique, l'île est contrainte de se réinsérer dans l'économie internationale. Depuis juillet, le gouvernement multiplie les réformes pour tenter de revenir à l'économie de marché sans sacrifier les acquis de la révolution

CAROIT JEAN MICHEL L'un des derniers Etats socialistes cherche une issue Cuba entre révolution et marché

LA HAVANE de notre envoyé spécial BENETTON, Havanautos... Les annonces publicitaires remplacent les slogans politiques sur les grands panneaux à l'entrée de Varadero, le principal pôle touristique cubain à 180 kilomètres à l'est de La Havane. Tout au long de la presqu'île qui fait face à la Floride, un chapelet d'hôtels s'étend au bord des plages de sable blanc. De l'autre côté de la languette de terre, à moins de 10 kilomètres à vol d'oiseau des cinq étoiles, la route conduit à la zone industrielle de Cardenas : amoncellement de conteneurs, gros engins de chantier, derricks. C'est la principale zone de production d'hydrocarbures et la base des compagnies étrangères qui, comme Total, se sont lancées dans la prospection pétrolière à Cuba. Tourisme et pétrole : Varadero résume les espoirs des dirigeants cubains, contraints de mener au pas de charge une reconversion économique radicale depuis l'effondrement du camp socialiste européen et la fin des relations privilégiées avec l'ex-Union soviétique. Depuis quatre ans, le produit intérieur de l'île a chuté de plus de 50 %. En raison du manque de devises, les importations cubaines se sont effondrées, de 8,1 milliards de dollars en 1989 à 1,7 milliard cette année. DISETTE Des pans entiers de l'économie sont paralysés, faute d'énergie, de pièces détachées et de matières premières. Contrainte de se déplacer à bicyclette, la population a de plus en plus de mal à se procurer la ration alimentaire minimale. Au point qu'une géographe française, Denise Douzant-Rosenfeld, qui a fait un récent voyage d'études à Cuba, évoque le risque d'une disette. " Si les carences alimentaires se prolongeaient encore plusieurs mois, elles ne manqueraient pas d'affecter gravement l'état de santé général et psychologique de la population ", affirme-t-elle. Dans un document diffusé au début du mois de septembre, les évêques cubains soulignent que " les carences matérielles les plus élémentaires, touchant l'alimentation, les médicaments, les transports, l'énergie, favorisent un climat de tension ". Dans ce texte, très critique à l'égard de la direction cubaine, et qui a suscité de très vives répliques dans les organes de presse officiels, la conférence épiscopale met en garde contre " la tentation dangereuse de la violence qui pourrait entraîner des maux plus graves ". " La révolution affronte l'un de ses plus grands défis : mener à bien un processus d'ajustement, de restructuration et de réinsertion internationale de l'économie sans sacrifier les principes d'égalité et de justice sociale ", résume Aurelio Alonso, chercheur du Centre d'études sur l'Amérique (CEA), l'un des think-tanks à l'origine du grand vent de réformes qui souffle sur l'économie cubaine. La mesure la plus spectaculaire a été annoncée par le commandant en chef lui-même, le 26 juillet dernier, à l'occasion du 40 anniversaire de l'attaque de la caserne de la Moncada qui avait marqué le début de la révolution fidéliste. Reconnaissant implicitement le rôle prédominant du dollar dans l'économie cubaine, le président Fidel Castro a annoncé la légalisation de la détention de devises, jusqu'à présent interdite sous peine de poursuites. Cette décision, symbolisant aux yeux de l'exil cubain de Miami l'échec du régime, n'a pas été prise de gaieté de coeur par les autorités de l'île. " Il s'agit de mesures antipathiques, qui ne nous plaisent pas, mais nous n'avons pas d'autre alternative ", avouait Fidel Castro. En résumé, le régime est prêt à toutes les concessions, ou presque, pour sauver le noyau dur du " socialisme à la cubaine ", à savoir les conquêtes sociales en matière d'éducation et de santé, et la souveraineté nationale. La " dépénalisation de la possession de devises " a été suivie d'une série de réformes ouvrant chaque jour davantage Cuba à l'économie de marché : levée des restrictions sur les visites d'exilés, autorisation de s'installer à son compte pour cent dix-sept professions, allant du petit commerce aux services d'entretien, privatisation timide dans l'agriculture. Divers signes indiquent que les dirigeants veulent aller plus loin dans le démantèlement du modèle socialiste centralisé à la soviétique, qui régissait l'économie cubaine depuis les années 60. Au début du mois d'août, quatre jeunes ministres, appartenant à l'aile réformatrice du Parti communiste, ont été nommés aux postes-clés des finances, de l'agriculture, de l'industrie sucrière et des communications. Ils sont venus renforcer l'équipe de technocrates quadragénaires entourant Carlos Lage, l'architecte de la nouvelle politique économique. José Luis Rodriguez Garcia, le nouveau ministre des finances, passe pour un des meilleurs économistes cubains. Ancien responsable du Centre de recherches sur l'économie mondiale (CIEM), un autre think-tank qui a préparé les réformes, il a complété sa formation marxiste par l'étude des toutes dernières théories économiques occidentales. Quelques semaines plus tard, au début du mois de septembre, un nouveau ballon d'essai a été lancé. Dans une interview largement radiodiffusée, Osvaldo Martinez, le nouveau directeur du CIEM qui préside la commission économique de l'Assemblée nationale, a prôné un élargissement de la privatisation aux activités pour lesquelles l'Etat a montré son inefficacité, la mise en place d'un système fiscal _ actuellement inexistant, _ et une politique de taux de change " économiquement viable pour rétablir le pouvoir d'achat de la monnaie nationale ". CASSE-TÊTE A court terme, le casse-tête quotidien des responsables cubains est d'obtenir des devises. La zafra, la récolte de sucre _ qui reste de loin le principal produit d'exportation _ a été catastrophique cette année. En raison du manque d'engrais, des problèmes de transport et de pluies torrentielles au cours du premier semestre 1993, la zafra n'a atteint que 4,2 millions de tonnes, soit une chute de près de 3 millions de tonnes et un manque à gagner de 450 millions de dollars par rapport à l'année précédente. Nelson Torres, le ministre de l'Industrie sucrière a d'ores et déjà annoncé que la durée de la prochaine zafra serait réduite. La priorité, a-t-il dit, est de remettre les plantations en état et " d'accroître le volume de canne plantée pour les prochaines récoltes ". Les autorités cubaines fondent de grands espoirs sur les exportations de nickel. Selon Walter Leo, le président de la compagnie Cubaniquel, la production pourrait atteindre 80 000 tonnes en 1996, ce qui placerait Cuba au deuxième ou troisième rang mondial. Mais la modernisation de l'usine de Las Camariocas, à Moa, dans l'est de l'île requiert des investissements évalués à plus de 70 millions de dollars et les prix internationaux du nickel sont actuellement déprimés en raison de ventes massives de la Russie. Grâce à l'ouverture aux investisseurs étrangers _ plus d'une centaine de " joint-ventures " ont été signés depuis trois ans, _ l'infrastructure hôtelière, délaissée depuis le début de la révolution, est rapidement reconstruite. En progression de 30 % par rapport à 1992, les revenus bruts du tourisme devraient atteindre 500 millions de dollars cette année. L'objectif de ce secteur, désormais " prioritaire ", est de dépasser 1 million de visiteurs en 1995 et 1 milliard de dollars de recettes l'année suivante. Mais les revenus nets du tourisme sont plus modestes car Cuba doit importer une partie des biens et des services _ depuis le transport aérien jusqu'aux produits alimentaires _ consommés par les touristes. Et le tourisme encourage la prostitution, les petits trafics et accroît les frustrations de la population soumise aux rigueurs de " la période spéciale ". Autre point " fort " : les biotechnologies et l'industrie pharmaceutique, qui ont atteint un niveau de développement sans égal dans la plupart des pays du tiers-monde. Quelques contrats d'exportation ont été signés avec le Brésil (vaccins contre la méningite-B pour une valeur d'environ 200 millions de dollars), mais la qualité des chercheurs cubains ne suffit pas à transformer leurs découvertes en succès commerciaux. Comme le souligne un diplomate en poste à La Havane, " il s'agit d'un secteur très compétitif, contrôlé par une poignée de multinationales, où les investissements requis pour la recherche, l'homologation et la commercialisation sont considérables ". Comment relancer la machine économique alors que des dizaines de milliers d'ingénieurs, de professeurs ou de médecins ne pensent qu'à trouver un emploi dans le tourisme où les pourboires en devises valent plus que le salaire mensuel ? " ZÉRO DOLLAR " La levée des restrictions sur la détention de devises, le 14 août, a provoqué une ruée sur les diplotiendas, ces boutiques jusqu'alors réservées aux diplomates et aux touristes, où l'on trouve tout à condition de payer en dollars. La demande a été tellement importante que les autorités ont augmenté les prix de 50 %, provoquant la grogne du corps diplomatique. Selon l'économiste Gerardo Gonzalez Nunez, les envois de fonds des exilés aux membres de leurs familles pourraient atteindre plusieurs centaines de millions de dollars par an : " Les estimations vont de 200 millions à 1 milliard. " Mais le département d'Etat américain a rappelé que la législation sur l'embargo n'autorise les résidents aux Etats-Unis qu'à envoyer 300 dollars par trimestre, et les organisations les plus conservatrices de l'exil de Miami ont lancé une campagne " Zéro dollar pour Castro ", " afin d'accélérer la chute de la dictature castriste ". Dans l'île, la mesure sur les devises a provoqué des grincements de dents. " C'est une prime accordée à ceux qui font du marché noir, aux prostituées et aux familles qui ont des parents à Miami ", affirme un journaliste fidèle au régime. Comment relancer la machine économique, alors que des dizaines de milliers d'ingénieurs, de professeurs ou de médecins, formés à grands frais " par la révolution " ne pensent qu'à trouver un emploi dans le tourisme, où les pourboires hebdomadaires, en devises, valent plus que le salaire mensuel, en peso dévalué, d'un professionnel qualifié ? L'appel aux investisseurs étrangers est inégalement entendu selon les secteurs. Plus le taux de retour sur investissement est rapide, plus les sociétés latino-américaines, européennes ou canadiennes se laissent tenter. Beaucoup souhaitent prendre position avant le déferlement des Américains, qui accompagnera tôt ou tard la levée de l'embargo que les Etats-Unis maintiennent depuis trente-trois ans. Mais le risque politique fait réfléchir nombre d'investisseurs potentiels. La transition se fera-t-elle en douceur ou les blocages politiques provoqueront-ils une explosion et des troubles difficiles à contrôler ? C'est une question qui préoccupe également les pays voisins de Cuba. Plusieurs chefs de gouvernement du Caricom (regroupant les pays anglophones du bassin caraïbe) se sont récemment rendus à Washington pour tenter d'infléchir la position du président Clinton, qui reste largement déterminée par des considérations de politique intérieure liées au poids des exilés cubains en Floride ou dans le New-Jersey.

931005 DOC=BCL REF=2-037-05 SEC=MDE TAI=2 CHOMAGE REVENU MINIMUM GUILBERT NICOLAS Pour un revenu minimu d'existence

931005 DOC=BHL FAB=40DE2000 REF=2-030-03 SEC=MDE TAI=90 SECTEUR PUBLIC SOCIETE DOYERE JOSEE LE SERVICE PUBLIC EN FRANCE MODE D'EMPLOI HUMEUR A deux vitesses

EN a-t-on été assez fiers, nous les Français, de nos services publics ! Des trains et des avions qui partent et arrivent à l'heure, des transports en commun nombreux dans les villes, la moindre lettre acheminée dans les vingt-quatre heures... Cocorico ! Bien sûr, au fil du temps, il a fallu tout moderniser, rendre plus rapide, plus efficace. On l'a fait. Ça a coûté cher au contribuable, mais il y a de quoi plastronner, reconnaissons-le. Aucun pays n'a un Minitel comme le nôtre, notre téléphone est un des plus performants, on nous achète nos TGV jusqu'en Asie ! On est les meilleurs, il ne faut pas avoir peur de le dire. C'est ce que me disait l'autre jour Gaëtane : " Avoue que c'est formidable ! On a appelé Maxence (c'est son fils) en Californie, depuis la campagne, et on l'a eu tout de suite, comme s'il avait été à Paris. Il avait besoin d'un bouquin de toute urgence et par Chronopost il l'a eu en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. " Quant à Charles-Edouard (c'est son mari), il peut continuer à suivre ses affaires pendant les vacances, grâce à son fax, au téléphone, et à son ordinateur, muni d'un modem, bien sûr. Et quand il est obligé de faire un saut à Paris ou ailleurs, comme il a des places réservées en permanence, avec le TGV et l'avion, il reste parti très peu de temps. " Tout ça m'a changé la vie. Avant, je ne le voyais jamais. Maintenant, il travaille la fenêtre ouverte sur le jardin, et on peut faire une partie de tennis avant le dîner ! Tu te rends compte ! C'est super, non ? " A l'autre bout de la France, le père Jean-Baptiste, dans un hameau déserté des Cévennes, n'en peut plus de râler. Avec sa micro-retraite d'ancien paysan, il n'a pas le téléphone (l'installation de sa ligne coûterait trop cher), et ce n'est pas tous les jours que son journal local lui parvient. Aller à la poste est un vrai problème, aucun car ne dessert plus le coin : il supplie l'épicier qui continue à faire une tournée pour vendre l'indispensable de l'emmener. A part la télé (et c'est la galère, quand elle tombe en panne, pour la faire réparer), son seul contact humain est une vieille copine de classe (ils dansaient ensemble, aux fêtes votives, dans les villages, quand ils étaient jeunes), qui habite à deux kilomètres. Madeleine aussi en a gros sur le coeur : il y a peu, sa fille était malade, qui habite en Lorraine. Elle n'a pas pu y aller. Au dernier moment, malgré l'aide d'un cheminot prêt à l'aider, elle a dû renoncer : c'était trop cher, trop difficile, trop compliqué. Bien sûr, quand ils seront " pour mourir ", comme ils disent, on s'arrangera pour les emmener à l'hôpital, où ils seront soignés le mieux possible. Pour moi, le service public, c'était comme le symbole vécu de " l'égalité " et de la " fraternité ". Au nom de la rentabilité, on est en train de nous fabriquer un service public à deux vitesses. Et cela ne me plaît pas du tout.

931005 DOC=BHL FAB=40DE2001 REF=2-030-04 SEC=MDE TAI=49 VOCABULAIRE COLIGNON JEAN PIERRE MODE D'EMPLOI LA COTE DES MOTS Débenture

"Mont Saint-Sauveur International revient cette année avec trois nouvelles débentures s'adressant directement aux adeptes du ski " (le Devoir, 31 août 1993). Ainsi commence une " brève " de la page " Economie " du fameux journal de Montréal, un des phares de la francophonie au Canada... Le terme débenture n'a pas encore traversé l'Atlantique. Fort heureusement puisqu'on peut facilement le " traduire " par un mot français très connu des familiers de la Bourse : obligation _ ou souscription par obligations. Son utilisation n'est donc pas du tout une... obligation. Mais gare ! Invité, récemment, d'une émission télévisée sur FR 3, le chanteur Robert Charlebois, naguère chantre et paladin de la langue française, expliquait qu'aujourd'hui il se sentait moins engagé, estimant que la situation géographique du Québec devait conduire à accepter dans la " Belle Province " l'emploi de plus en plus fréquent de l'anglo-américain. Le Devoir, certes, avec débenture (s), " francise " légèrement cet anglicisme par l'adjonction d'un accent aigu sur le premier e, et, sans doute, par une savoureuse prononciation mêlant à l'anglais l'intonation héritée des aïeux saintongeais, bretons et normands. Mais si l'on peut comprendre que le français du Canada soit amené à absorber un certain nombre d'anglicismes plus ou moins " francisés " _ de même que les Canadiens anglophones reprennent dans la vie courante des mots et expressions de français ou de joual, _ il n'y a aucune raison d'employer débenture de ce côté-ci de l'Atlantique.

931005 DOC=BHL FAB=40DE2002 REF=2-030-01 SEC=MDE TAI=145 ACCIDENT INDUSTRIE POLLUTION ENVIRONNEMENT RISQUE TECHNOLOGIQUE PREVENTION ASSURANCE

Les assureurs couvraient les risques d'accident industriel " classiques ". Les voici aux prises avec les pollutions sournoises et les contaminations à retardement. Ils préfèrent donc participer à la prévention du risque

DOC AVEC UN DESSIN DE ROSY

CANS ROGER LA PREVENTION DU "DOMMAGE ECOLOGIQUE" MODE D'EMPLOI ENVIRONNEMENT Les assureurs font de la prévention

LA notion de " dommage écologique " est en train de révolutionner le monde de l'entreprise et de l'assurance. Jusqu'ici, en effet, les choses étaient simples : lorsqu'une usine flambait, lorsqu'un atelier explosait, l'assurance de l'entreprise remboursait les dégâts, à hauteur de la valeur déclarée dans le contrat. L'entreprise était indemnisée pour ses dommages à elle, qu'il s'agisse des dégâts matériels dus à l'accident ou des pertes de production ou d'exploitation. Pour les victimes extérieures, notamment en cas de pollution, jouait la responsabilité civile. Mais elle était très restrictive, car limitée aux dégâts lésant directement tel ou tel. Le patrimoine naturel, bien commun sans propriétaire affiché, ne pouvait prétendre à dédommagement. " La responsabilité civile pour atteinte à l'environnement était ridicule ", observe Pierre Florin, directeur général adjoint chargé des grands risques nationaux et internationaux au groupe Axa, et par ailleurs président de l'Assemblée plénière des sociétés d'assurances-dommages (ASPAD). Pour lui, " le système juridique actuel n'est pas adéquat. Les atteintes à l'environnement exigent une branche nouvelle de l'assurance ". PARADE De fait, assureurs et industriels voient se profiler le moment où la France va s'aligner sur les législations américaine ou allemande. Aux Etats-Unis, le principe de la responsabilité sans faute est admis depuis 1980 (Compensation and Liability Act). Ce qui rend chaque industriel responsable des conséquences de l'exploitation d'un site, même sans accident. En Allemagne, une loi de 1991 définit la responsabilité en matière de protection de l'environnement et impose la souscription d'une assurance ad hoc (limitée à 160 millions de marks) ou la constitution d'un fonds de garantie. Pour les grands groupes industriels français, tels ceux qui ont constitué l'association Entreprises pour l'environnement, présidée par le PDG de Rhône-Poulenc, Jean-René Fourtou, pas de problème : une multinationale a les reins assez solides pour parer localement à des indemnisations. Il n'en va pas de même pour les PME-PMI. Les ateliers de traitement de surface, les tanneries ou les papeteries, par exemple, figurent parmi les grands pollueurs de rivière. Mais ils sont incapables de financer eux-mêmes une éventuelle dépollution. Même une entreprise chimique prospère comme Protex _ dont un atelier a brûlé en 1988 et pollué la Loire jusqu'à Tours, privant la ville d'eau potable pendant plusieurs jours _ n'a pu compenser les quelque 50 millions de francs qu'a coûtés l'accident. Son assureur lui a versé les 5 millions prévus dans le contrat. Le reste est à la charge des collectivités publiques ou pas indemnisé du tout. La seule parade, jusqu'à présent, a été la création en 1989 d'Assurpol, qui regroupe aujourd'hui cinquante assureurs et quinze réassureurs, avec une capacité de 192 millions de francs. Mais si son chiffre d'affaires a quintuplé en quatre ans, avec un montant global de primes approchant les 20 millions, cela reste dérisoire au regard des 550 000 établissements classés à risque (" installations classées "). Le nombre de polices souscrites n'était que de 210 en 1990 et moins de 300 en 1991 ! TARIFICATION A compter du 1 janvier prochain, cependant, les réassureurs internationaux ne couvriront plus les risques de pollution " graduelle " (sans accident). L'industriel ne pourra donc plus compter sur son contrat " responsabilité civile générale " pour couvrir d'éventuels frais de décontamination ou de réparation d'un milieu dégradé. Il devra soit passer par les fourches caudines d'Assurpol, qui impose une police standard avec une tarification sélective, soit souscrire lui-même une police spécifique. Dans tous les cas, il recevra la visite d'ingénieurs ou d'experts du risque, qui passeront en revue les installations et le site avant toute signature de contrat. Si, au terme de cet éco-audit, les installations sont jugées non conformes à la réglementation ou présentent des risques particuliers, l'assureur augmentera primes et franchises, ou refusera de couvrir le risque. Ainsi, l'assureur va devenir un partenaire actif _ et pratiquement obligé _ de la prévention du risque industriel. " C'est balbutiant, précise Pierre Florin, car il nous faut acquérir maintenant les technologies de la prévention, de la protection et de la réparation. " Mais cela peut aller très vite, car le marché est prometteur pour les assureurs.

931005 DOC=BHL FAB=40DE2003 REF=2-030-07 SEC=MDE TAI=38 ECONOMIE LISTE ECONOMIE LISTE 931012-2-032-08 MODE D'EMPLOI AGENDA

MARDI 5 OCTOBRE.Paris. L'Assemblée nationale poursuit l'examen du projet de loi quinquennale sur l'emploi (52 articles et 900 amendements déposés). Port-Louis (île Maurice). Sommet des chefs d'Etat et de gouvernement des pays francophones (jusqu'au 7 octobre).MERCREDI 6 OCTOBRE.Paris. SNCF : Manifestation nationale des cheminots à l'appel de l'ensemble des fédérations syndicales des cheminots. Washington. Examen par le FMI du renouvellement de ses concours au Vietnam. Hongkong. Déclaration de politique du gouverneur Chris Patten au sujet des modalités de la rétro- cession de Hongkong à la Chine.VENDREDI 8 OCTOBRE.Autriche. Vienne : premier sommet des chefs d'Etat et de gouvernement du Conseil de l'Europe (jusqu'au 9 octobre). Chantilly (60). " Agriculture, semer l'avenir ", colloque organisé par la revue Projet au centre culturel Les Fontaines (8 et 9 octobre).SAMEDI 9 OCTOBRE.Paris. Début des collections du prêt-à-porter printemps-été (jusqu'au 17 octobre).LUNDI 11 OCTOBRE.France. Semaine d'action pour l'emploi, organisée par la CFDT (du 11 au 15 octobre). France. Débrayage dans les caisses de retraite à l'appel de la CGT, FO, la CFDT et la CFTC. Paris. GIAT-Industries : négociation sur le plan social.

931005 DOC=BHL FAB=40DE2004 REF=2-030-05 SEC=MDE TAI=166 LAGNEAU GERARD;DRANCOURT MICHEL ENTREPRISE CRITIQUE D'OEUVRE LIVRE DROUIN PIERRE MODE D'EMPLOI LIVRES Le " faire-valoir " des dirigeants Comment l'entreprise, depuis trente ans est sortie de sa tour d'ivoire et a gagné dans l'opinion ses lettres de noblesse LA FIN DE LA PUBLICITÉ de Gérar d Lagneau PUF, 180 pages, 114 F. MÉMOIRE DE L'ENTREPRISEde Michel Drancourt Robert Laffont, 370 pages, 139 F. c LA FIN DE LA PUBLICITE;MEMOIRE D ENTREPRISE

EN dix ans, l'image de l'entreprise a plus changé que durant les trente années précédentes. A tel point, qu'en caricaturant les choses, Gérard Lagneau parle de " la fin de la publicité ". Traduisez : ce sont beaucoup moins les produits qui sont vantés pour pousser les clients à la consommation que ceux qui les fabriquent. Nous sommes passés au stade de la " communication institutionnelle ", synthèse de la publicité et de la propagande. Gérard Lagneau, sociologue, va souvent chercher dans l'histoire ce qui se cache sous les apparences et dénote des évolutions de mentalités. Comme sa culture est de bon aloi, son livre à l'écriture très fluide offre des perspectives souvent piquantes. On notera sa comparaison entre les corporations anciennes et modernes que sont les sociétés géantes d'aujourd'hui. Selon lui, aux Etats-Unis, la conjonction de la publicité de marques avec les relations publiques " donna sa véritable efficacité à l'intégration douce de la nation américaine ", favorisant son initiation à un idéal de vie, celui de l'abondance. La société de consommation a du plomb dans l'aile à la fin des années 60. La publicité institutionnelle réagit en poussant au " faire valoir " des entreprises. Dans des brochures d'IBM-France, on lit : " L'entreprise citoyenne, contribution à la vie de la communauté nationale. " Pour lutter contre cette " institution ", la firme Apple a dû prendre le contre-pied dans les ordinateurs " grand public ", en soulignant leur convivialité. Beaucoup de convivialité également dans la publicité à la française, où l'auteur réunit le succès du Minitel à celui du Club Méditerranée. Gérard Lagneau a de bonnes pages sur la dialectique entreprise-institution. A priori, les deux concepts sont antithétiques : l'excellence pour l'un, la légitimité pour l'autre. L'histoire économique a fini par les rapprocher. Il voit dans l'opération BSN contre Saint-Gobain (1968-1969) une date sur ce chemin : elle fait entrer le capitalisme dans les moeurs et réactualise un vieux mythe démocratique, celui du jury populaire. CULTURE Cette lutte homérique pour le contrôle de Saint-Gobain par BSN paraît également à Michel Drancourt un tournant dans l'histoire des entreprises. Son livre a le mérite de se présenter sous forme de " Mémoires " personnels _ bien qu'il s'en défende _ qui, du fait de la vie de notre auteur seront aussi bien des " mémoires de l'entreprise ", comme dit son titre. En effet, quand le groupe Réalités lance le premier numéro d'Entreprise, le 1 avril 1953, Michel Drancourt entre en journalisme. Il fallait du flair, à l'époque, pour penser que de nombreux Français s'intéresseraient à la vie personnalisée des affaires. Il faut dire que les dirigeants d'alors rendaient bien au public son indifférence. Pierre Bercot, patron de Citroën disait : " Nous ne pouvons pas empêcher nos ennemis de dire du mal de nous. Du moins que nos amis n'en disent rien ". Notre auteur rappelle ses premières interviews, l'inauguration de tables rondes, une page de réflexions en 1960, qu'il poursuivit jusqu'en 1973, ses voyages aux Etats-Unis. A cet égard, il souligne opportunément à quel point les dirigeants français ont été influencés après la guerre par les missions d'études en Amérique. Parmi les hommes qui l'ont marqué, il cite Bernard Trujillo, " le pape de la distribution moderne " et, dans le même domaine, Edouard Leclerc, Raymond Sachot, passant de la moutarde de Dijon à la Générale alimentaire, Michel Fournier, le créateur de Carrefour. Côté management, c'est François Dalle qui lui paraît avoir tourné une page importante : l'entreprise devait être selon lui à l'écoute du marché et non des administrations. Banal aujourd'hui, mais au début des années 60... Dans son sillage, Mantelet, créateur de Moulinex, Henri Schick, cofondateur de Prestil, l'entreprise de fermeture à glissière, Marcel Demonque " l'impérial président des Ciments Lafarge " qui, à l'écoute de Mc. Kinsey, redéfinit les fonctions du groupe et pense avant la lettre à la " culture d'entreprise ". On ne peut citer tous les noms qui ont fait " tilt " dans l'esprit de notre auteur : Jacques de Fouchier, Pierre Besse, Marcel Bleustein-Blanchet, etc. Mais l'homme qui l'a le plus ébranlé était un incroyable manieur d'idées, un humaniste et un visionnaire : Louis Armand, avec qui il écrivit son Plaidoyer pour l'avenir. Avec François Bloch-Laîné et sa Réforme de l'entreprise (1964), la micro-économie acquiert un public plus large, et Michel Drancourt y contribue pour sa part grâce à des chroniques de télévision jusqu'en 1969. Peu de temps après, notre auteur passe " de l'autre côté du miroir " et devient commissaire à l'industrialisation de la Lorraine. C'est ensuite sur le terrain même de l'entreprise, à la Télémécanique, puis chez Thomson, que Michel Drancourt exerce ses talents avant d'animer l'Institut de l'entreprise. Une série très vivante de portraits, d'idées, d'anecdotes. Un regret : le mémorialiste ne s'arrête pas assez sur cet étonnant paradoxe : c'est un gouvernement de gauche qui a su " faire valoir " plus qu'un autre la nécessité d'entreprises performantes pour la France.

931005 DOC=BHL FAB=40DE2005 REF=2-030-06 SEC=MDE TAI=63 SOLANS HENRI CRITIQUE D'OEUVRE DEPARTEMENT PYRENEES ORIENTALES ECONOMIE REGIONALE LIVRE MARIS BERNARD MODE D'EMPLOI NOTE DE LECTURE ESSAI SUR L'ÉCONOMIE DES PYRÉNÉES-ORIENTALES d'Henri Solans Le Publicateur 2 bis, rue Manuel 66000 Perpignan, 130 pages. ESSAI SUR L ECONOMIE DES PYRENEES ORIENTALES

C'est un livre qui a l'apparence d'une minutieuse monographie économique et statistique. Mais, sous le style, ironique et imperceptiblement voilé, s'affirme un essai tout à fait original. Henri Solans décrit l'économie des Pyrénées-Orientales comme relevant d'une " culture rentière " : culture où prédomine les effets de la rente sur le système productif et la gestion de la force de travail. Le rentier est celui qui, ni chômeur ni retraité, ne participe pas à l'activité productive mais prélève une partie de la valeur produite. Dans les Pyrénées-Orientales, les effets de la " culture rentière " sont renforcés par la faiblesse des profits, la sous-traitance, la saisonnalité. La faiblesse des profits conduit les entreprises à survaloriser les placements, rechercher les marchés abrités et la flexibilité des contrats de travail. De même, la sous-traitance renforce la tendance à préférer des contrats de travail flexibles et des unités de production de dimension réduite. Enfin, la saisonnalité renforce la précarité du travail, mais donne à la gestion de la force de travail " une forme tout à fait originale, celle qui relève d'un modèle que l'on qualifiera de " bantoustan ", c'est-à-dire qu' " une métropole attire, dès qu'elle en a besoin, de la main-d'oeuvre venant d'ailleurs et qu'elle la renvoie vers cet ailleurs aussitôt qu'elle n'en a plus besoin ". Si l'on voulait situer à tout prix ce travail savoureux, on le rattacherait aux recherches d'économie régionale menées par Georges Benko et Alain Lipietz. L'auteur termine à mots feutrés sur le clientélisme, le poids excessif du " politique ", l'économie souterraine et les risques d'exclusion. La qualité statistique du travail, le recours à de vieilles méthodes comme l'équivalent-travail de la production, renforcent un travail exemplaire d'économie régionale et ce que l'on appellera un réquisitoire souriant.

931005 DOC=BCL FAB=40DE2200 REF=2-038-01 SEC=MDE TAI=56 ECO FRANCE ALLEMAGNE GRANDE BRETAGNE ITALIE JAPON ETATS UNIS INVESTISSEMENT 1992 1993 CHIFFRE INVESTISSEMENT 1992 1993 CHIFFRE

Doc: avec des graphiques comparatifs pour l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, l'Italie et les Etats-Unis et le Japon

Conjoncture INDICATEUR L'investissement productif L'Europe en berne

APRÈS une croissance particulièrement soutenue en 1988-1989 (16 % par an en moyenne au Japon, 9 % en Europe, 7 % aux Etat-Unis en 1988), les investissements productifs se sont contractés avec une amplitude tout aussi marquée pendant la récession traversée par chacune de ces économies depuis trois ans. En Europe, les pertes sont aujourd'hui considérables. En France, où la décrue s'est installée dès la fin de 1990, les investissements sont inférieurs de près de 18 % à leur niveau d'il y a trois ans. En Allemagne et en Italie, les renversements de tendance ont été plus tardifs (début 1992), mais d'autant plus violents depuis : l'investissement s'y est contracté de 20 % et 16 % respectivement en un an et demi. Au Royaume-Uni, où le repli de l'activité a débuté dès 1989, les pertes ont été plus précoces, mais somme toute d'ampleur égale à celles des autres grands pays européens ; les dépenses d'équipement britanniques, stables depuis le troisième trimestre de l'an dernier, ne se sont pas encore redressées, contrairement aux autres composantes de la demande. Au Japon, malgré une expansion particulièrement rapide durant le dernier tiers des années 80, la décrue est quelque peu amortie par rapport à l'Europe (_ 10 % depuis le début de 1992), elle est cependant d'une rare importance pour ce pays. Dans un tel environnement, le cas des Etats-Unis tranche. La récession américaine, qui n'a occasionné qu'un faible repli des dépenses d'équipement, a été suivie d'un vif redressement de celles-ci depuis le début 1992 (14 % en volume), l'investissement ayant déjà retrouvé un niveau supérieur à celui d'avant la récession.

931005 DOC=BCL FAB=40DE3100 REF=2-037-01 SEC=MDE TAI=235 CHOMAGE REVENU MINIMUM POLITIQUE SOCIALE POLITIQUE ECONOMIQUE 931026-2-037-33931109-2-039-34

On produit de plus en plus avec de moins en moins d'emplois. Pour sortir de ce piège, il faut déconnecter la protection sociale du travail en créant un revenu minimum d'existence (RME) qui, se substituant au RMI et à la plupart des prestations sociales, faciliterait entre autres le partage du travail.

Doc: avec un dessin de Nicolas Guilbert

EUZEBY CHANTAL Opinions La lutte contre le chômage Pour un revenu minimum d'existence

LA rationalisation de la production, dans un contexte de croissance ralentie et de concurrence internationale exacerbée, génère l'exclusion du marché du travail. Grâce aux investissements de productivité, on produit en effet de plus en plus avec de moins en moins d'emplois. Le phénomène est particulièrement net en France, où l'emploi augmente vingt fois moins vite que la production (contre quatre fois moins en Allemagne et au Japon et deux fois moins aux Etats-Unis). Le résultat, on le connaît : plus de trois millions de chômeurs, un chômage de longue durée croissant et affectant de plus en plus les cadres, des emplois précaires de plus en plus nombreux... On ne peut sortir de cette logique de l'exclusion sociale que si on cesse de raisonner en termes de libre-échange à tout crin et d'accumulation des richesses. Le temps est venu de protéger quelque peu les emplois et de répartir autrement les gains de productivité. Il s'agirait plus précisément de combiner les trois solutions suivantes : priorité aux échanges intracommunautaires ; instauration du revenu minimum d'existence octroyé à l'individu en remplacement de la plupart des prestations sociales actuelles ; mise en place d'une véritable politique de partage du travail. Une organisation simplifiée La première solution part de l'idée que l'on doit privilégier les échanges entre pays, ou zones géographiques, ayant des niveaux de développement socio-économiques comparables pour éviter la concurrence déloyale et le dumping social liés à de gros écarts sur les coûts de la main-d'oeuvre. Cela signifie, pour la France, qu'elle aurait intérêt à se spécialiser et à investir en priorité dans les activités dont la demande est potentiellement croissante à l'échelle européenne. En contrepartie, la Commission de Bruxelles devrait négocier dans le cadre du GATT des normes définies en fonction du niveau de l'activité et/ou des gains de productivité des pays partenaires. Des mesures protectionnistes pourraient ainsi être appliquées à l'égard des pays hors CEE qui ont des bas salaires et des législations sociales trop peu contraignantes. La deuxième solution repose sur l'idée qu'il faut cesser de considérer l'emploi rémunéré comme le seul facteur d'intégration sociale dès lors que le droit au travail ne peut être respecté. Il faut déculpabiliser les personnes qui doivent vivre des transferts sociaux parce qu'elles sont condamnées au chômage ou aux emplois précaires, et reconnaître et valoriser les activités effectuées en dehors du cadre marchand. La protection sociale peut y contribuer très largement si on accepte de la déconnecter, au moins partiellement, du travail. Elle s'est déjà adaptée aux urgences sociales des années 1970-1980, en multipliant les prestations sous conditions de ressources et les minima catégoriels et en instaurant le RMI. Mais il faut aller plus loin dans le relâchement des liens par rapport à l'emploi et envisager d'instaurer le revenu minimum d'existence (RME). Celui-ci serait octroyé à chaque individu dès sa naissance et serait complété à l'âge adulte par un (ou des) revenu (s) d'activité(s). Il se substituerait au RMI, à l'ensemble des prestations familiales, à une partie de l'aide sociale, aux prestations d'indemnisation du chômage, ainsi qu'à certains transferts budgétaires (bourses d'études et aides au revenu des agriculteurs). Moyennant le redéploiement des masses financières correspondantes auxquelles devrait s'ajouter un complément (de l'ordre de 4 % du PIB) sous la forme d'un appel à l'impôt sur le revenu ou à la contribution sociale généralisée, le montant versé à chacun pourrait être de 2 000 F par mois et de 1 000 F pour les enfants d'âge scolaire (6 000 F par mois pour un couple avec deux enfants). Les régimes de pensions seraient maintenus pour sauvegarder l'incitation au travail. Une partie de l'aide sociale pourrait être conservée et affectée aux personnes âgées et handicapées dépendantes. L'organisation de la protection sociale s'en trouverait simplifiée (économies de gestion). Les personnes démunies seraient automatiquement aidées sans avoir à subir le contrôle humiliant et rebutant des ressources. Certaines personnes, sécurisées par la garantie à vie d'un minimum de revenu, pourraient choisir de ne plus travailler ou de travailler moins longtemps. Le temps libéré augmenterait les loisirs et faciliterait l'exercice des responsabilités familiales et le suivi de stages de recyclage et de formation. Le dispositif ne pèserait pas sur la compétitivité des entreprises, puisque la protection sociale serait très largement fiscalisée. Celles-ci devraient tout au plus affecter une partie des économies liées à l'abaissement des cotisations sociales, au relèvement des salaires directs, désormais soumis à une imposition sur le revenu plus importante. Le système français de protection sociale se rapprocherait ainsi du modèle danois qui est financé à 80 % par l'impôt. Le modèle danois La troisième solution va de pair avec la précédente. Elle part du principe que l'on ne peut pas faire l'économie d'une réelle avancée sur le terrain du partage du travail dans un contexte où la progression de l'emploi est et restera limitée. Mais le pari ne peut être véritablement gagné que si on se sert du RME pour réduire et réaménager le temps de travail. La question du partage du travail est, on le sait, fortement débattue et suscite des réticences du côté des syndicats mais aussi du côté des partis de droite et du patronat : dégradation des conditions de travail et risque d'amputation des salaires (non-compensation salariale) pour les uns ; coûts supplémentaires, notamment sur le plan de la formation et sur les salaires (si on les maintient), pour les autres. Ces réticences devraient être en grande partie levées dans la mesure où les heures perdues et non payées par les entreprises seraient compensées par l'octroi du RME. Les salariés seraient payés en fonction des heures effectivement réalisées et seraient davantage enclins à travailler à temps partiel. Les employeurs seraient également incités à proposer des emplois à temps partiel, puisque ceux-ci ne seraient pas (ou à peine) plus chers en charges sociales que les emplois à plein temps. L'effet serait surtout sensible dans les activités employant beaucoup de main-d'oeuvre (textile, cuir, bâtiment, services publics...). Les entreprises plus capitalistiques pourraient accepter plus facilement de négocier des contrats de réduction du temps de travail puisqu'elles n'auraient pas de compensation salariale à supporter. Il suffirait qu'elles allongent la durée hebdomadaire d'utilisation de leurs équipements pour dégager des emplois nouveaux. Le RME pourrait par ailleurs inciter certains conjoints à rester chez eux ou à se retirer temporairement du marché (réduction du chômage) et encourager certains salariés ou chômeurs à se mettre à leur compte (création d'emplois). Ces trois solutions devraient nous permettre de sortir d'une rationalisation forcenée de la production et d'un mode de répartition des revenus trop fondé sur l'apport productif. Elles devraient nous conduire à la mise en oeuvre d'une justice distributive basée sur les besoins et à un meilleur partage des emplois. (*) Professeur de sciences économiques à l'université Pierre-Mendès-France (Grenoble-II).

931005 DOC=BCL FAB=40DE3102 REF=2-037-06 SEC=MDE TAI=75 LOGEMENT COURRIER DES LECTEURS

présidente de l'Association des responsables de copropriétés (ARC) directeur

REY ISABELLE,DHONT BRUNO Aider le logement ancien

Ce qui frappe, dans le débat sur le budget du logement, c'est l'absence du point de vue des habitants. Inventés en 1977 par Raymond Barre, les PAP, ces prêts accessibles aux ménages modestes et quasiment réservés aux logements neufs, se sont révélés néfastes dans les années 1980 à 1984 en menant des milliers de familles au surendettement. (...) Pour entrer dans les prix PAP, les logements doivent se situer sur des terrains peu chers, donc en périphérie, loin du centre et mal desservis. Résultat : d'interminables lotissements-dortoirs, repliés sur eux-mêmes, avec leur voirie en cul-de-sac. Plus grave : lorsque, pour une raison quelconque (chômage, divorce), les " papistes " veulent revendre leur logement, celui-ci a perdu 30 % à 50 % de sa valeur et, comme le disait, en 1984, un économiste, conseiller du ministère, avec un certain cynisme, " les acquéreurs restituent alors l'avantage qu'on leur a consenti avec un prêt PAP ". (...) Si le gouvernement et ses alliés promoteurs et banquiers voulaient réellement loger leurs compatriotes, il faudrait qu'ils aident vigoureusement l'acquisition dans l'ancien et l'existant, en ouvrant les PAP à toutes sortes de logements, et en majorant significativement les subventions à la réhabilitation. C'est ce que suggérait un groupe d'experts, qui signe " GYL ", dans le Monde du 21 septembre. Ce discours est-il si subversif qu'il faille se cacher derrière un pseudonyme ? Aider l'ancien a d'immenses avantages, si l'on prend soin d'imposer à toute réhabilitation des normes rigoureuses de confort afin de ne pas financer des travaux cache-misère. Pour les habitants, d'abord, on peut créer des logements confortables et peu onéreux _ en exploitant un patrimoine bien situé _ qui se revendront au moins en conservant leur valeur. Cela peut permettre de libérer les HLM, aux portes desquels piétinent des milliers de mal-logés. D'un point de vue urbain, on limite le " grignotage " du territoire, on revitalise les " coeurs de ville " et surtout on préserve la mixité sociale tant recherchée. (...) Mais veut-on vraiment aider les pauvres et les classes moyennes à se loger autrement qu'en les expatriant loin des centres ? En leur proposant d'acquérir et d'améliorer l'ancien, on risque de leur faire faire une bonne affaire... et ça, c'est insupportable pour les décideurs !

931005 DOC=BCL FAB=40DE3103 REF=2-037-07 SEC=MDE TAI=72 PROTECTIONNISME SCIENCE ECONOMIQUE 930831-2-026-31 GATT

(Université Paris- Dauphine)

BIENAYME ALAIN Courrier des lecteurs Le libre-échange n'existe pas

Le débat publié dans le Monde du 31 août entre Gérard Lafay et Horst Siebert laisse perplexe sur l'immobilisme théorique des partisans d'un libre-échange pur. (...) Il faut sortir du débat manichéen hérité d'une époque où les économistes réduisaient l'activité économique, supposée constamment au niveau de plein emploi, à une pure affaire d'échanges marchands et de bien-être du consommateur, acheteur de biens finaux. Aujourd'hui, les producteurs sont animés par une logique de rivalité compétitive qui n'a rien à voir avec la concurrence du modèle auquel M. Siebert continue à se référer. Les économies occidentales sont parvenues à un point (ouverture internationale, progrès de productivité) qui ne permet plus de garantir la compatibilité du plein emploi avec le maintien de charges salariales élevées. L'anarchie du " système " monétaire international, la liberté des changes et l'importance démesurée des mouvements de capitaux par rapport aux échanges commerciaux détachent les taux de change de la vérité des rapports industriels et commerciaux. Cela autorise tous les coups, même les plus opportunistes, et soumet l'action et le discours des Etats au jugement permanent des marchés financiers. La politique, que M. Siebert voudrait évacuer de l'analyse économique, y revient en force à travers les politiques monétaires, de change, de concurrence, et les stratégies technologiques. (...) Bref, on ne peut sérieusement opposer le libre-échange et le protectionnisme, sauf à raisonner sur une économie de marché intégrale qui n'existe pas, même aux Etats-Unis, même en Allemagne, même au Japon et en Chine. Ce débat doit être plus sérieusement abordé à partir des réalités qu'imposent la dynamique industrielle, l'internationalisation des marchés, la volatilité des capitaux et la versatilité des Etats. Comment les trente-six millions de chômeurs de l'OCDE pourraient-ils se satisfaire simplement de ce que le prix d'un jean ou d'un appareil de photo est 10 % moins cher grâce au libre-échange et au travail des enfants d'Asie ? Le GATT a pour mission de coopérer avec le FMI (article 15). Que ne le fait-il ? A quoi sert le BIT ? Que dit la Banque mondiale des conditions dans lesquelles les contrats qu'elle permet de financer sont " décrochés " ?

931005 DOC=BHL FAB=40DE6100 REF=2-029-31 SEC=MDE TAI=199 VETEMENT COMMERCE CHIFFRE

Le chapeau, dont on évoquait le retour, se vend vraiment bien aujourd'hui, redonnant un coup de jeune à une activité traditionnelle

KREMER PASCALE LE RETOUR DU CHAPEAU La revanche du galurin

RELÉGUÉ tout au bas de l'armoire, taxé de " ringardise ", le couvre-chef ne sortait plus guère de la naphtaline que pour les mariages. Depuis quelques mois pourtant, les galurins prennent leur revanche : on se les arrache aux Galeries Lafayette, au Bon Marché, au Printemps ou chez Monoprix. " A peine installés en rayon, ils disparaissent. Cela tient du délire. En moins d'un mois, on écoule 3 000 à 4 000 pièces. On a vendu 100 000 chapeaux en 1992, on atteindra peut-être 150 000 cette année ", s'emballe Marie-Pierre Gally, acheteuse accessoires chez Monoprix. Partie intégrante de la tenue depuis le XVI siècle, symbole d'appartenance sociale, le chapeau avait, à la fin du siècle dernier, engendré une industrie puissante, qui employait encore en 1942 quelque 50 000 personnes. Mais dans les années 50-60, la généralisation des voitures, le refus des contraintes, l'arrivée du jean, portent au chapeau un coup que l'on a longtemps cru fatal : le marché se restreint alors aux porteurs d'uniformes et à une clientèle âgée. L'activité est complètement sinistrée. La mode, fossoyeuse de la chapellerie, lui offre aujourd'hui une nouvelle chance. " Cloches, bérets, gavroches en tissu ou en velours, casquettes de rappers, bonnets rasta ou grunge, calottes brodées d'inspiration africaine réapparaissent dans la rue, note Isabelle Du Rivau, qui a évalué pour la direction de l'artisanat les possibilités de redéveloppement de la chapellerie. " Les jeunes ont démystifié le port du chapeau et l'utilisent pour affirmer leur identité. " Faciles à porter et à ranger dans un sac, ces chapeaux mous ont le mérite d'être bon marché : puisqu'ils ne sont pas moulés mais " coupés-cousus ", ils peuvent être confectionnés en grandes séries en usine. Les mères ont suivi le mouvement, appréciant de donner ainsi une nouvelle jeunesse aux tenues que la crise leur interdit de changer. " Le retour aux loisirs de plein air, notamment la randonnée, a également joué en faveur du chapeau ", ajoute Thierry Fresquet, président du Syndicat des fabricants et grossistes en chapellerie. DYNAMIQUE Les quelques fabricants qui avaient survécu tournent aujourd'hui à plein régime. " Une nouvelle dynamique s'amorce, constate Isabelle Du Rivau, pour la vingtaine d'ateliers de modistes situés à Paris et la soixantaine d'entreprises de chapellerie (1 200 salariés), implantées le plus souvent en province. " Comme Lachaize, à Lyon, qui emploie 40 personnes et dont le chiffre d'affaires progresse depuis trois ans " alors qu'auparavant l'entreprise vivotait, se réjouit Georges Pourchon, le directeur général. Les derniers résultats sont supérieurs de 15 % à ceux de l'an passé, et cela devrait encore s'accélérer. " En Tarn-et-Garonne, les établissements Crambes (120 salariés) ont réalisé en 1992 un chiffre d'affaires de 33 millions de francs, en progression de 10 % par rapport à 1991. Un quart des chapeaux partent à l'étranger, Allemagne et Japon en tête. " Les usines françaises renaissent. Même les gens qui ne sont pas de la partie commencent à s'y intéresser, à envisager d'en racheter ou d'injecter des capitaux, ce qui est très bon signe ", se réjouit Jean-Charles Brosseau, modiste parisien fort réputé. Autre indice encourageant, les ateliers de créateurs-modistes refleurissent à Paris depuis la fin des années 80. Philippe Model, Marie Mercié, Jacques Le Corre, Gilles François, la Sartan... Ils sont une dizaine, désormais connus, à avoir " redonné goût au chapeau, jouant un rôle de locomotive pour tout le secteur ", reconnaît Bertrand Gas, directeur de la chapellerie Werlé, à Paris. " Le démarrage de la saison est assez spectaculaire. Pour nous, ce n'est vraiment pas la crise, confirme-t-on chez Philippe Model. De 1991 à 1992, les ventes de chapeaux en France ont progressé de 23 %. " " Nous avons vendu le double de l'hiver 1992 pendant l'été 1993. Un vrai boom ", souligne La Sartan, alias Fabienne Laboret, qui vend comme des petits pains ses chapeaux mous à galons. Jean-Charles Brosseau évoque un " fort redémarrage depuis deux ou trois saisons, et une envolée depuis l'hiver dernier ". DÉLOCALISATIONS Les commandes affluent des marques de prêt-à-porter, des grands magasins, qui développent leurs rayons chapeaux, et même de la vente par correspondance. " Le succès des chapeaux est tel que nous les avons mis en avant dans le dernier catalogue, et que nous leur accorderons davantage de place la saison prochaine ", commente Ludovic Pastour, responsable des achats d'accessoires à La Redoute. Pourtant, industriels et artisans français ne captent qu'une part limitée du marché. " Les importations représentent 50 % des ventes en volume ", évalue Thierry Fresquet. Les chapeaux de paille italiens, les feutres anglais, profitent de la dévaluation de la lire et de la livre. Pour le bas de gamme, l'Asie du Sud-Est est omniprésente, avec ses casquettes de base-ball à 2 dollars. " La crise que connaît le textile aujourd'hui, nous l'avons connue il y a vingt ans : le chapeau a été parmi les premières production délocalisées en Asie du Sud-Est. Les grossistes parisiens sont allés y faire copier les collections ", rappelle, à bon entendeur, M. Fresquet. Au Printemps comme aux Galeries Lafayette ou à Monoprix, près de 70 % des chapeaux proviennent d'Italie. " Ils sont moins chers et collent souvent mieux à la mode ", constate Georges Martin, acheteur accessoires des Galeries. " L'autre handicap, c'est que le chapeau glisse vers la confection, selon Isabelle du Rivau. Pour réaliser leurs propres collections en coupé-cousu, les grands magasins peuvent se passer des chapeliers. " Entre feutre et paille, entre chapeaux piqués et chapeaux formés, entre créateurs-modistes et fabricants, la profession est profondément divisée. Même lorsqu'ils souhaitent des séries, les créateurs snobent les fabricants français. " Ils ne savent pas faire, avance la Sartan, même si on est décidé à payer la qualité. " Ce qu'Isabelle Du Rivau confirme en termes plus prudents : " Les usines de province ont dû se reconvertir dans des modèles très simples pour baisser leurs prix face à la concurrence étrangère, et ont perdu un savoir-faire traditionnel. " Elle poursuit : " Pour tirer pleinement profit du courant porteur actuel, la profession devrait s'unir et se mobiliser, mais en semble incapable. " Les réflexes individualistes nés de la crise ont la vie dure.